Incendie de l’usine d’incinération de la TIRU : un sinistre et des questions
samedi 15 avril 2006 | Archives

Le dimanche 12 mars en soirée un incendie s’est déclenché sur l’une des cheminées de l’usine TIRU d'Issy-les-Moulineaux
Rappelons que l’usine n’était plus en activité depuis fin février 2006 (pour cause de non-respect des normes de rejets atmosphériques), et servait depuis lors de centre de transfert de déchets.
La circulation sur la D7 a été stoppé, l’école Doisneau fermée le lendemain, 400 personnes ont dû être évacuées de leur logement le temps que l’incendie soit maîtrisé (120 d’entre elles ont passé la nuit dans un gymnase), un hôtel et le centre de tri postal ont été fermés provisoirement, le tramway T2 partiellement interrompu.
Le Parisien du 17 mars 2006 évoque clairement une piste criminelle : des récupérateurs de cuivre seraient parvenus à s’introduire dans l’usine et seraient à l’origine de l’incendie. Cette piste, évoquée de nouveau par le député-maire d’Issy-les-Moulineaux lors du conseil municipal du 6 avril dernier comme seule piste crédible, a d’ailleurs logiquement conduit, à un dépôt de plainte préventif contre X, de la part de la mairie, du groupe TIRU, et du SYCTOM (Syndicat Intercommunal de Collecte et de Traitement des Ordures Ménagères).
Il nous a vite paru évident qu’une carence grave était à souligner du côté de la surveillance de ce site sensible, la municipalité devant maintenant pointer très fermement selon nous les responsabilités du groupe TIRU en la matière.
Rappelons que jusqu’à la date de la destruction de la cheminée endommagée (le 26 mars) pour des raisons de sécurité, 57 familles n’ont pu regagner leur logement. Nous demandons à ce qu’elles puissent être indemnisées, en plus de la prise en charge déjà programmée des frais d’hébergement pendant toute la période pendant laquelle celles-ci n’ont pu réintégrer leur logement.
En outre, nous avons relevé plusieurs inconnues autour de la question de la combustion de l’incendie lui-même ainsi que s’agissant des modalités de destruction de la cheminée.
Constatant l’existence de cendres suspectes et de dimension imposante au coeur du Parc de l’Ile St Germain tout proche plusieurs jours après l’incendie, (voir les photos ci-dessous), les conseillers municipaux ont demandé dès le 15 mars une réunion en urgence de la Commission Locale d’Information et de Surveillance de la TIRU (copie du courrier) ; le sous-préfet nous a informé que cette instance se réunirait fin avril, soit plus d’un mois après le 12 mars. Nous avons été informé du ramassage en plusieurs fois de l’essentiel des cendres pour dépôt en " décharge spécialisée ", quelques jours après avoir également alerté les services du Conseil général ; des éclaircissements restent à obtenir sur la pollution réelle induite par la combustion.
Par ailleurs nous avons pu voir, le jour de la destruction de la cheminée, que les poussières générées par l’effondrement s’étaient répandues bien au-delà du périmètre de sécurité, alors même que l’édifice détruit a servi pendant des années à la combustion de déchets et à l’émission collatérale de dioxines dans l’air. Nous nous inquiétons vivement de l’absence totale d’information à la disposition des isséens à ce sujet.
D’autres questions restent sans réponse à ce jour. De quelle manière cet événement peut-il accélérer la démolition de l’ex-usine ? Quelles sont les implications concrètes de l’arrêt de l’activité du centre de transfert de déchets auquel servait encore l’usine jusqu’ici (parcours des véhicules, nuisances éventuelles ?). A quelle échéance la destruction du reste de l’usine est-elle prévue ? Cela impliquera-t-il de nouvelles évacuations des riverains ?
La municipalité a un devoir de transparence vis-à-vis des isséens, qu’elle pourrait assumer de manière plus franche, et sans affoler. Nous assumerons quant à nous notre devoir d’interpellation et d’information vis-à-vis de la population (à cet égard nous restons réceptifs à tous nouveaux témoignages éventuels).
Joseph Dion
A lire aussi
- Le Parisien du 16/03/06 (extrait)
- Le communiqué de presse du CNIID: lire (format PDF)
Le CNIID est le Centre National d'Information indépendante sur les Déchets www.cniid.org
Photos de déchets de l'incendie de la TIRU prises dans le parc de l'Ile St Germain le mercredi 15 mars (soit 3 jours après l'incendie)
Le jour même, Michèle Canet, présidente du groupe socialiste au Conseil général, alerte les services du département. Le lendemain, ceux-ci répondent :
"Dès le lundi matin 13 mars, les techniciens du parc se sont rapprochés des pompiers et employés de la TIRU pour connaître la nature des isolants dont des débris avaient été projetés dans le parc. I l a été confirmé qu'il s'agissait de laine de verre et le nettoyage du site a été entrepris par l'entreprise titulaire du marché d'entretien ( EUROVERT) ; les débris ont été ramassés, mis dans des sacs (opération terminée lundi après midi) et seront évacués avant la fin de la semaine en décharge spécialisée. Le parc est propre depuis lundi; il n'a pas été fermé au public car les produits sont sans danger pour le public."
L’étonnante sérénité du Conseil général nous laisse perplexe.
