Issy-les-Moulineaux veut bâtir une cité du futur à l’abri de son fort
lundi 20 février 2006 | Revue de presse
Les Echos 27/01/06 Site des Echos
Faire du neuf, voire du futuriste, dans du vieux. C’est ce qui va se passer à Issy-les-Moulineaux avec la transformation du fort militaire, hérité du XIXe siècle, en « cybercité du XXI siècle ». Les premiers logements accessibles à la propriété seront livrés en 2010.
Le projet est ancien, puisqu’un premier accord avait été signé entre l’armée et la ville en 1999, avant de s’embourber pour d’obscures raisons administratives et politiques.
La semaine dernière, l’affaire s’est enfin conclue avec le ministère de la Défense. La ville rachetant l’enceinte militaire, perchée sur les hauteurs, pour la somme de 54 millions d’euros avant de le revendre à quatre promoteurs qui financeront le projet.
Il va maintenant falloir se mettre au travail. Car le député-maire, André Santini, est pressé alors que les délais sont courts et que les obstacles ne manquent pas. Celui, par exemple, de l’opposition municipale qui critique un projet immobilier qui « densifie encore l’habitat » dans une ville « qui ne possède que 7 mètres carrés d’espace vert par personne » insiste Gabrielle Santarelli, conseillère municipale socialiste, qui invoque également l’absence de concertation avec la population.
Certes, le projet purement architectural qui occupe presque 12 hectares est prêt. Mais l’agence Architecture Studio, qui avait gagné le concours en 2002, va devoir préciser ses options. Les 5 bastions de l’édifice militaire et les murs d’enceinte seront préservés. Un grand bâtiment d’habitation en forme de boomerang s’ouvrira sur Paris. Dans le parc, « traité comme un verger » seront disséminés une quinzaine de bâtiments plus petits de trois ou quatre étages présentant une drôle de forme de souris, un clin d’œil rappelant le périphérique de l’ordinateur. Tout cela représentera 1200 logements, dont 300 réservés aux miliaires, seront construits. Il est également prévu des commerces, une école, une crèche, ainsi qu’un centre de ressources multimédia et un musée. Sans compter les futurs locaux de la direction de la gendarmerie.
Mais il va d’abord falloir travailler sur la dimension « high-tech » en regardant du côté des projets de « u-city » (« ubiquitus city ») asiatiques ou européennes. Dans celles-ci, les « technologies sont omniprésentes et disponibles au quotidien. On pense bien entendu à Internet, accessible partout et tout le temps, mais également à la consommation d’énergie, sur laquelle on pourra être informé en permanence », indique Eric Legale, responsable des technologies de l’information à la mairie.
Un téléphérique en projet
Autant de concepts séduisants qu’il faudra pourtant préciser et qui devront aller au-delà du simple « câblage multimédia » et de la passerelle domestique » permettant un contrôle domotique universel dans la maison. En 2000, les concepteurs avaient imaginé d’équiper les appartements de boîtes aux lettres réfrigérées pour accueillir les livraisons de produits frais. Une option amusante, mais qui fleure bon le gadget. « Rien n’est encore défini » admet prudemment Alain Bretagnolle, d’Architecture Studio.
Le projet s’engage également à respecter les 14 critères de la démarche haute qualité environnementale (HQE) qui prend en compte le traitement des déchets lors de la construction, l’utilisation des énergies renouvelables, ou encore la récupération des eaux pluviales. Il reste qu’aujourd’hui, notamment en matière énergétique, les objectifs restent nettement moins exigeants que ceux de la Suisse avec son label Minergie, de l’Allemagne avec Passivhaus, voire des Etats-Unis.
Le projet, qui se veut aussi innovant du point de vue des transports, prévoit qu’un téléphérique permettra de descendre en ville. Partant d’un des bastions et reliant la station de métro, il aura une capacité de 480 personnes à l’heure dans chaque sens. « Ce qui pourrait revenir à supprimer 240 voitures par heure aux heures de pointe », calcule Raymond Loiseleur, directeur de la SEM chargée de l’aménagement de la ville. Une option critiquée par l’opposition municipale, qui privilégie un système d’autobus électriques « moins coûteux et plus efficace ». Le calendrier prévoit le début des travaux de construction des logements début 2008 et les premières livraisons en 2010. D’ici là, il aura encore fallu résoudre un sérieux problème, celui du « désobusage ». On estime à environ 6000 le nombre d’obus encore enfouis dans le sol du fort.
Frank Niedercorn
