Le 6 février 2006, devant le siège de Coca Cola Europe à Issy-les-Moulineaux, à l’appel de la Fédération européenne de l’alimentation, l'EFFAT, les différentes organisations syndicales européennes présentes chez Coca-Cola ont manifesté leur opposition aux plans de restructurations annoncés en France, Belgique et Grande Bretagne.
Un épisode de plus dans le feuilleton des conflits sociaux chez les grandes multinationales implantées à Issy-les-Moulineaux

Après des années d'euphorie, le boom économique d'Issy-les- Moulineaux serait-il à un tournant ? Notre ville a plutôt bien résisté à la fin de la bulle internet en 2002, mais aujourd'hui l'avenir semble plus difficile.
Profitant de nombreuses friches industrielles et de la proximité avec Paris et Boulogne, la droite a lancé de grands programmes immobiliers sur notre ville. Depuis les années 90, les opérations immobilières réalisées ou prévues à Issy-les-Moulineaux sont équivalentes à la surface du quartier de La Défense, soit 160 ha !
Ce sont près de 300.000 mètres carrés de bureaux qui ont été ainsi construits en 15 ans.
La possibilité d'avoir de grandes surfaces de bureaux d'un seul tenant a conduit à l'implantation de sièges sociaux de grandes sociétés (Coca Cola, Zodiac etc.) et surtout de sociétés exerçant dans le domaine de la communication (L'Equipe, Eurosport, France 5…) en raison de la proximité avec Boulogne-Billancourt (qui est historiquement une ville de médias depuis les premiers studios de cinéma) et du 15e arrondissement (France télévisions, Canal+…).
Mais les choses semblent maintenant se retourner. Si notre ville a profité de l'implantation du siège de Canal+ (après une profonde restructuration de la société), il ne s'agit en réalité que des bureaux des services administratifs de la société et non des studios installés, eux, à Boulogne. Rien donc de très enthousiasmant… Surtout ces bureaux de Canal+ pourraient pratiquement être implantés n'importe où dans la région et déménager à la première occasion. Par ailleurs, la fusion de Canalsat et TPS annoncée en décembre, pourrait, selon la profession, ne pas être sans conséquence sur l'emploi : Issy-les-Moulineaux qui accueille aussi le siège de TPS serait alors touchée doublement ! L'implantation de France 5 paraît plus solide puisqu'elle comprend des studios plus difficiles à déménager du jour au lendemain, mais là aussi vigilance : la nouvelle direction de France télévisions a clairement annoncé son souhait de faire des économies, et une réintégration des activités de France 5 au siège de France télévisions à Paris n'est pas inenvisageable.
Le problème pour notre ville c'est la caractéristique des grandes entreprises qu'elle accueille : groupes internationaux dont les implantations sont mises en concurrence à un niveau mondial, entreprises aux structures légères qui changent de localisation au gré des restructurations et des rachats, forte spécialisation dans des domaines soumis à d'importantes turbulences que sont la communication et les nouvelles technologies (près de 60 % des entreprises isséennes). Ainsi, la désindustrialisation qui pouvait être considérée comme une chose naturellement positive par la droite tant qu'elle permettait une régénération de la ville, montre désormais ses limites: fragilisation et déstabilisation du tissu économique et du marché de l'emploi avec une trop grande spécialisation.
On avait déjà eu une alerte en 2004 avec le cas de la société Wavecom (conception de composants pour téléphones portables) qui, après avoir été accueillie en grande pompe par le maire, annonçait la suppression de 300 emplois. Et les difficultés de cette société ne sont pas terminées : le cours de bourse s'est effondré en décembre de 25% après l'annonce de résultats en nette baisse en 2005. En septembre dernier, Hewlett Packard (implanté depuis peu à Issy après le rachat de Compaq) annonçait un plan de 1240 suppressions de postes en France. Pourtant HP n'a aucun problème financier particulier, bien au contraire : 4 milliards de dollars de profits annuels, 14,5 milliards de dollars de trésorerie. Les suppressions d'emplois en France font partie d'un plan de restructuration international dans le cadre d'une course effrénée à toujours plus de rentabilité immédiate. Seule ambition finale des patrons du groupe américain : faire monter la valeur de l'action encore et encore. La très forte mobilisation des salariés et la vive réaction de la classe politique française ont conduit HP à revoir à la baisse son plan : c'est finalement 940 postes qui seront supprimés dont 155 à Issy-les-Moulineaux. Mais pour sauver ces quelques emplois, les salariés ont sacrifié une bonne partie de leurs jours RTT ce qui, à terme, est nuisible à l'emploi : un cercle vicieux !
Fin octobre 2005, c'était au tour de Chronopost (filiale de la Poste) dont le siège est aussi à Issy-les-Moulineaux d'annoncer la suppression de 540 postes. La CFDT dénonce alors « l'attitude des responsables de Chronopost qui privilégie la désinformation, bafoue les règles élémentaires du dialogue social et les prérogatives des élus du personnel ». Et, en effet, le plan ne respectant pas les règles de procédures du code du travail, le tribunal de grande instance de Nanterre a condamné Chronopost à revoir complètement sa copie. Un répit pour les salariés…
On pourrait ajouter à cette liste les restructurations de sociétés implantées dans les environs qui ont forcément des conséquences pour notre ville, comme le cas de Neuf Télécom (implanté à Boulogne juste de l'autre coté du pont d'Issy) qui a annoncé en septembre la suppression de 661 postes après sa fusion avec Cegetel. L'autre gros dossier qui s'annonce pour Issy est celui du CNET. La mairie elle-même craint le départ pur et simple de ce centre de recherche de France télécom. En jeu : plus de 1000 emplois ! La gestion de ces grandes sociétés échappe totalement à la sphère d'influence de la municipalité. Une plus grande diversité du tissu économique local, en particulier dans les nouveaux quartiers isséens, éviterait bien des déconvenues. Pourtant c'est le contraire qui est fait : le prochain quartier "Porte d'Issy" sera encore une de ces zones mortes strictement réservées à des blocs de béton et de verre pour entreprises nomades…

Crédit photo: FGA-CFDT